The wind of change…

Mais que se passe-t-il dans notre paisible village ? La première réponse qui me vient, c’est « rien, bien sûr ». Mais à y regarder de plus près, si, quelque chose a changé.

Les acteurs de la commune, d’abord. Outre notre adorable secrétaire partie en retraite, le personnel de service a été remplacé suite à plusieurs longues maladies. Les recrutements ont tous été menés par un duo Val-Dory méticuleux. Qui dit nouveaux acteurs dit aussi nouvelles méthodes : la nouvelle vague a aussi modifié nos habitudes. Nouveaux horaires et nouveaux aménagements en mairie façon comptoir de banque, forcément on y est moins et moins longtemps. Idem pour le personnel de cantine et de garderie : bon, pas pareil.

Et puis cette prise de conscience de Val, au cours de l’unique conseil municipal depuis cette rentrée de septembre : « nous voici quasiment à mi-mandat. Il faut une action, un projet, en vue des prochaines élections en 2020 ». Tout s’explique. Une candidature ça se prépare. On nettoie, on range, on accélère… et sort de sa manche un projet, vite. Le problème c’est qu’un projet communal, on n’en a pas. Il y aurait bien un truc ou deux à creuser du côté des (nombreux) bâtiments municipaux, mais curieusement dès qu’un membre du conseil tente d’y faire allusion, il se prend une flopée d’arguments au travers du museau qui le renvoie bien vite au mutisme qui est de mise au cours d’un conseil. Une commission spéciale « bâtiments municipaux » a été créée en juin dernier, mais elle n’a jamais été réunie. En même temps ça fait un bon moment qu’aucune commission n’a été réunie, en fait (excepté la commission animation afin de mettre sur pied la deuxième édition du Festival International du Point de Croix).

Non, pour mener à bien son futur projet, Val travaille son nouveau binôme maire-secrétaire, comme elle le nomme. Un binôme qui a même supplanté le tout puissant « bureau », puisqu’il assure la gestion de la commune de A à Z, chapeau bas. Même notre Dory (d’humeur exécrable ces temps-ci) s’en trouve toute désœuvrée.

Voilà où on en est. Pour nous, conseillers et adjoints, ça fait plus de temps pour le taï-chi, le point de croix, ou pour faire des crêpes (c’est bon, les crêpes).

 

 

 

 

Pot de départ

L’évènement majeur de cette rentrée, c’est le départ de notre secrétaire de mairie préférée. C’est à dire notre unique secrétaire de mairie, celle qui connaît sur le bout des doigts notre joyeux village et chacun de ses habitants depuis plus de 20 ans, celle qui a connu trois maires, collaboré étroitement avec les deux premiers (un peu moins étroitement avec la troisième). Celle qui, en plus d’être efficace et professionnelle, est sympathique et compréhensive avec chacun. Et voilà l’heure de la retraite.

Évidemment, pas question de la laisser s’en aller sans un au revoir en bonne et due forme. Alors chacun s’organise, élus et habitants. Des préparatifs côté mairie qui m’ont donné une vague impression de scène répétée, genre Guignol et Gnafron.

Acte 1
Décor : La mairie
La gentille, Val
La méchante, Dory

– (Val) Pour ce pot de départ exceptionnel, il nous faut une réception exceptionnelle : petits fours, crémant à profusion. On prévoit 200 personnes…
– (Dory, en retard) Qu’est ce j’ai raté ?
– (Val, enthousiaste) 2000 petits fours sucrés et salés !
– (Dory, sourcils froncés) Comment ça ? Mais c’est très cher tout ça, à 50 centimes le toast, on va ruiner la mairie, et le budget école ? Les cadeaux de fin d’année pour nos anciens ? On n’a pas les moyens !
– (Val, l’air soucieux) Hmmm… Tu as peut-être raison : Comment faire ?

A ce moment là, le public croit avoir une idée de génie pour sortir nos 2 amies de cette situation :
– (M.-J., Marine et Sylviane, en choeur) On n’a qu’à les faire !
Échanges de regard de Val et Dory, fin du premier acte.

Acte 2
Même décor
Mêmes personnages
– (Dory) Pour le cadeau, il faut absolument dissocier la mairie des conseillers municipaux. On ne va quand même pas tout mélanger.
– (Val) D’accord. Et pour les habitants, que fait-on ?
– (Dory) Qu’ils se débrouillent ! On leur donne déjà la date, on ne va quand même pas les prendre par la main.

Le public, encouragé par son succès lors de l’intervention précédente, tente une suggestion :
– (M.-J., Marine et Sylviane, en chœur) On n’a qu’à faire une boîte, et puis faire circuler une info dans le village !
– (Dory et Val, en chœur aussi) Non.

Fin du deuxième acte.

(Une information (plus qu’une invitation) a ensuite été posée à la hâte dans les boîtes aux lettres, sans coupon-réponse (Dory a oublié, ça arrive d’oublier), prise en sandwich entre 2 prospectus.)

Durant le dernier acte de cette aventure, dans la salle des fêtes, et après avoir intensément tartiné une journée durant, nous avons pu entendre le discours du premier maire avec lequel notre jeune retraitée avait travaillé au sein de la commune. Il a énuméré les nombreuses actions entreprises durant ces années, tous les projets menés conjointement, et les qualités dont notre chère secrétaire a su faire preuve sans jamais démériter.

Puis le deuxième maire avec lequel elle a collaboré a vanté son professionnalisme et sa grande compétence au travers de tous les dossiers traités les uns après les autres, malgré les difficultés et les contraintes. Il lui a aussi remis l’enveloppe de la part de tous nos administrés (qu’une villageoise a spontanément centralisé).

Enfin, Val a chanté une petite chanson, une ode au métier de secrétaire. Elle compose, aussi.

Merci à tous, le buffet est ouvert !

Rideau.

 

C’est reparti !

Oui, dans notre paisible commune les vacances c’est sacré.

Durant deux mois c’est la sérénité absolue : pas de commissions, pas de conseil, pas de festivités non plus, rien qui risquerait de perturber notre quiétude estivale. C’est relâche.

J’ai donc profité de ce long fleuve tranquille pour faire le point sur mon investissement municipal. Je me suis ainsi aperçue que je me laisse bien trop souvent aller à me plaindre ou à ironiser sur l’équipe qui m’entoure : pas bien. Alors que j’aurais pu mettre au point des outils ou une méthodologie pour devenir un bon conseiller, que de temps perdu !

J’ai donc décidé que mes bonnes résolutions de rentrée seraient les suivantes :

  • Je positiverai davantage, en cherchant toujours le bon côté de chaque situation et de mes interlocuteurs (c’est facile, je pense qu’il suffit de faire du yoga ou du tai-chi-chuan, j’ai lu ça quelque part) ;
  • Je prendrai la peine de noter et de mettre à disposition de qui voudra tous les outils qui me permettent d’avancer dans ma mission et de mieux décrypter le monde merveilleux des collectivités territoriales.

Voilà, j’ai hâte de me remettre en selle. Val, de son côté est déjà en route pour de nouvelles aventures et nous prépare une année scolaire pleine de dossiers passionnants. En vrac, quelques thématiques annoncées :

  • Festival du Point de Croix, deuxième édition (c’est reparti, chouette) ;
  • Mais que vont devenir tous nos jolis bâtiments communaux inoccupés ? ;
  • Quel avenir pour les fêtes et manifestations du village (c’est vrai quoi, ya jamais personne, alors que l’offre culturelle est là…) ;
  • Comment venir à bout des incivilités qui nous pourrissent la vie (encore des crottes de chien sur les trottoirs, des tontes de pelouse hors créneaux horaires, bref, des nuisances de tous poils)

Je vous prépare un bilan de conseil version 2.0 : clair, neutre, et résolument POSITIF !

(Et là j’y vais, j’ai tai-chi…)

Ça baigne dans l’huile

Notre généreuse mairie met une fois par an la salle des fêtes à la disposition de ses conseillers dévoués pour les remercier de leur engagement. Avantage en nature jugé inapproprié par Bernard, co-second adjoint, mais tant pis, cette année j’ai eu l’honneur d’en bénéficier. Dans la salle des fêtes, il y a une grande friteuse, style professionnelle. Et j’adore les frites. Audacieuse, j’ai donc demandé le prêt de cette rutilante machine, et ma requête a été acceptée. Joie, bonheur, et préparatifs s’ensuivent.

Quatre jours avant ma petite surprise-party, Dory m’annonce qu’un souci majeur se profile pour que j’utilise l’engin : il fonctionne sur le 380 V, et donc se branche dans un local tenu secret, fermé à double tour pour des raisons de sécurité. Elle me donne donc rendez-vous le lendemain pour une formation friteuse en bonne et due forme, « tu comprends, la sécurité… ».

Or le matin du lendemain, rien à voir avec notre affaire, mon très cher mari échange justement quelques mots avec Val au sujet d’un écoulement d’eau communal bouché, et termine la conversation par un maladroit sous-entendu sur la supposée mauvaise foi de notre chef du village… Aïe. La boulette. Je la connais bien, notre Val. Un pressentiment m’assaille car ne dit-on pas « Val contrariée, friteuse confisquée » ?

Bingo, au lieu de retrouver Dory pour notre formation en tête-à-tête, voilà le bureau au complet qui débarque en mairie à l’heure dite. Avec mon fautif époux, on nous invite à gravir les marches. À l’extrémité de l’immense table du conseil, Val trône, l’air grave. Buste de Marianne à sa droite, portrait de notre président national à sa gauche, elle lève à peine les yeux pour nous inviter à nous assoir… « Vous ne me faites pas confiance, vous n’aurez pas la friteuse » assène-t-elle. J’ai déconnecté directement à ces mots en pensant à ma reconversion professionnelle dans la voyance, une activité lucrative. Mon preux mari, lui n’a pas décroché, il s’est battu vaillamment et a démonté un a un tous les argument avancés par nos accusateurs (je cite en vrac : c’est dangereux une friteuse, et s’il y a des enfants, et si tout le monde se mettait à la vouloir notre friteuse qu’elle est à nous…). Et il a obtenu gain de cause, quelle fierté : la friteuse est à nous, c’est bon pour une fois, mais il faut qu’on aille la brancher ailleurs et à l’insu des villageois, et qu’on arrête de dire du mal aussi.

Voilà une belle victoire. En sortant, alors que j’en étais toujours à mon plan de carrière, mon dévoué conjoint est allé acheter quatre friteuses neuves. Et qu’on n’en parle plus.

 

Pas de malaise…

Malaise : N.M. Sensation pénible, mal localisée, d’un trouble physiologique. Brusque défaillance des forces physiques pouvant aller jusqu’à l’évanouissement. État, sentiment de trouble, de gêne, d’inquiétude, de tension.

Larousse

Notre dynamique mairie est aussi employeur. Elle emploie pas moins de sept personnes, tous postes confondus.

Nous avons d’abord deux agents techniques. Ils entretiennent nos bâtiments et nos espaces verts depuis de nombreuses années. L’un d’eux est malheureusement en arrêt : dépression. Des soucis perso, explique vaguement Val. Par discrétion, personne ne pose de questions.

Il y a le personnel de cantine et de garderie. Elles sont étaient quatre, pour encadrer nos bruyants marmots, assurer leur sécurité et la propreté des locaux, essuyer des nez qui coulent, et autres réjouissances de la petite enfance. En fait il n’en reste qu’une. Deux d’entre elles sont en arrêt de longue durée pour des troubles musculo-squelettiques, à ce qu’on raconte c’est assez courant. Et assez handicapant. J’ai d’ailleurs croisé l’une d’elles qui marche à grand peine parce que les opérations n’ont pas suffi. La deuxième attend qu’un médecin se prononce sur sa capacité à reprendre son poste. La troisième démissionne, officiellement parce qu’elle déménage (à 10 kilomètre de chez nous). Et la quatrième souffre d’une sciatique : c’est notre Atsem, elle tient bon pour le moment mais compte les jours jusqu’aux vacances.

Enfin il y a notre secrétaire de mairie. Elle a toutes les qualités : pro, efficace, ordonnée, sympathique, compréhensive… Mais elle s’en va. Après 30 ans de bons et loyaux services elle prend sa retraite anticipée.

Deux postes rescapés sur sept, voilà qui donne beaucoup de soucis à notre vaillante Val : des arrêts de travail renouvelés, des contrats de remplacement, des entretiens d’embauche… Elle recrute à tour de bras, toujours en local, et uniquement des personnes qu’elle connaît : elle le dit très bien, on ne sait pas sur qui on peut tomber en diffusant une annonce. Et elle peine. « Les gens ne veulent pas bosser, entre ceux qui se font arrêter et ceux qui refusent des tâches de leur contrat, on ne s’en sort pas ». Elle a sûrement raison.

Un jour l’un de nos administrés a lancé, en parlant de la commune en général, « il y a un malaise ». Val l’a trouvé méchant.

Mais étrangement, je me sens moi-même un peu mal à l’aise là dessus : au final ces sept personnes employées par notre douce commune sont nos collègues, elles sont là comme nous au nom du service public alors que certaines d’entre elles ne nous connaissent même pas. Qu’aucun d’entre nous, conseillers, n’a jamais vraiment pris de nouvelles de ceux qui sont absents, pas de fleurs, pas de mots d’encouragement. Que le mot « prévention » n’a jamais été prononcé. Que les personnes qui quittent volontairement leur poste n’ont pas été retenues.

Je n’en parle pas à Val, mais je dois être moi aussi une bien méchante personne : je me dis souvent « il y a un malaise ».

Le festival international : enfin, le bilan

Voilà, c’est fait.

Le festival international du point de croix, marotte de notre Val, vient d’avoir lieu.

Un franc succès, cette première édition, selon les organisateurs. Deux jours d’expositions et de conférences, 25 exposants de toute la France, un peu de soleil pour les photos officielles… On lâche des chiffres : 500, 600 et même 700 visiteurs venus de France et de Navarre ! Tous ces passionnés du point de croix qui se bousculent dans notre salle des fêtes, quelle joie, quel honneur ! Val exulte.

Niveau communication, consciente de l’ampleur de l’événement notre chef du village avait mis le paquet : « il faut que tout soit vraiment pro », nous a-t-elle assuré. J’ai tout d’abord eu l’honneur de réaliser le site dédié et les affiches. Je me suis beaucoup appliquée. Après Val m’a demandé de créer une page FaceBook au nom de la commune pour relayer l’événement. Là, j’ai pouffé, et je lui ai conseillé de se rapprocher de monsieur Malchance qui, lui, fait ça très bien. Elle n’a pas ri, elle ne m’a plus rien demandé. A l’approche de la date fatidique, pour rester dans le « pro » je me suis tout de même proposée d’accorder toute la signalétique du festival aux affiches, l’identité visuelle et tout ça c’est mon dada. Mais tout était déjà prévu : « j’ai acheté des plaques en plastique et des feutres indélébiles »… Je ne voyais pas les choses comme ça. Bof, j’en fais toujours trop sans doute. Rien n’a été oublié : le parking (à l’écart de la manifestation pour éviter les embouteillages à proximité du site), l’entrée, les salles d’exposition (deux salles !), la buvette, les WC, chaque lieu a revêtu sa belle pancarte… Cerise sur le gâteau, Val (qui décidément ne peut compter que sur elle-même) a réalisé de sa main, à l’aide d’une règle et d’un compas, un joli plan du cœur de village qu’elle a annoté et photocopié à l’usage des visiteurs.

Pour le bilan, comme chiffre officiel, on a gardé « plus de 700 ». La personne en charge du comptage était l’un des exposants, il était un peu occupé. A un moment il s’est retourné pour regarder autour de lui, il y avait bien 20 personnes, a-t-il expliqué, « oui, il y avait du monde c’est sûr ». Bon. « Et parmi la foule, combien de nos chers administrés ? » ai-je demandé, curieuse ? « Deux familles », s’étrangle Val. Dory, qui a toujours une théorie dans sa manche avance une explication : « Toute façon, la culture en milieu rural… ». Ça m’a laissée songeuse.

Moi je l’ai ratée, la manifestation de l’année. Ma passion pour la natation synchronisée m’a retenue ailleurs. J’avais répet’.

La fois où j’ai craqué

J’ai une confidence à vous faire.

Ce blog ne doit pas son existence qu’à mon investissement dans ma mission et ma quête de savoir (attention, je ne remets rien de ces motivations en question, hein ?).

L’idée m’est venue après avoir vécu une situation surréaliste qui m’a profondément déstabilisée.

Les élections avaient eu lieu depuis peu, tout le monde prenait ses marques. Je fais partie de la commission communication donc je prends mon rôle très à cœur, et je lâche, radieuse, après un conseil « ce serait bien que j’aie les codes d’accès à la page dédiée à notre superbe commune sur le plus célèbre des réseaux sociaux ! » Val et Dory ouvre de grands yeux vides, je comprends assez vite que la barrière de la langue vient d’opérer. Néanmoins elles percutent en quelques secondes qu’à leur insu, une page portant le nom de notre commune est active sur FaceBook. Qui ? Qui est à l’origine de cette mascarade ? Bien sûr, je suis mandatée pour répondre à cette question, je n’avais qu’à pas soulever un tel lièvre. J’enquête, je trouve, et pas de chance il s’agit d’une charmante personne membre de l’unique association du village.

Puis les choses m’ont un peu échappé :

Monsieur Malchance a reçu une convocation, à laquelle il a répondu qu’il n’était pas dispo. La municipalité, avec plus de fermeté, a exprimé son mécontentement d’avoir eu connaissance de ladite page, en jetant, n’ayons pas peur des mots, le terme « d’usurpation d’identité ». Monsieur Malchance, bien décidé à avoir le dernier mot, a accusé notre chère Val de gaspiller l’argent de la mairie en procès inutile à l’encontre des citoyens (bon, il était énervé). Là, au sommet de la tension nerveuse, Val décide de réunir le conseil municipal afin de résoudre ce qui était devenu « l’affaire Malchance ».

– (Val) Je pense qu’il faut porter plainte. Si on ne le fait pas au nom de la mairie, je déposerai une main courante en mon nom. Ça peut aller loin : on peut lui faire vendre sa baraque. (Victor acquiesce)
– (Dory) On va le convoquer, maintenant il faut qu’il s’explique c’est grave ce qu’il a fait, c’est très grave !
– (Victor) Il faut rédiger un courrier plus ferme, lui exposant les risques qu’il encourt en terme pénal…

A ce moment-là, j’ai réalisé que tous ces gens, autour de la table, prenaient sur leur temps de vie pour discuter, l’air grave, d’un tout petit détail insignifiant. Je me suis rappelée qu’on parlait juste d’une page qui avait recueilli 30 « J’aime » et dont si peu de personne se souciait que c’en aurait presque été risible. J’observe leurs postures, leurs têtes qui opinent, je ne comprends plus personne, soudain.

– (M-J, au bord de l’explosion) Sinon, rappelons-nous qu’on ne parle que d’une page FaceBook, après tout, et que ce monsieur n’a rien fait d’illégal en voulant faire vivre son village ! Je suggère qu’on lui écrive plutôt un courrier le remerciant de son investissement, en lui précisant que nous souhaiterions que la gestion d’une telle page nous revienne, fin de l’histoire.

Un silence a d’abord accueilli cette tentative de désamorçage, mais Dory s’est vite ressaisie : « c’est grave, tu ne te rends pas compte M.-J. Il fait exprès de semer la confusion chez les villageois, il est malveillant, je le sais. On ne peut pas le laisser faire. »

Là, je ne peux pas expliquer ce qui m’est arrivé. J’ai baissé la tête, j’ai senti une nausée et des larmes d’impuissance monter (je sais, je prends tout à cœur) jusqu’au moment où Sylviane, apercevant mon trouble pose la question de trop « mais pourquoi ça te touche autant, M.J. ? » Explosion. J’ai eu l’impression de me retrouver enfant, désarmée et incapable de m’exprimer distinctement. Je suis sortie en m’excusant, honteuse de me donner ainsi en spectacle. Mes jambes m’ont lâchées, le souffle m’a manqué : crise de tétanie et spasmophilie. Rien que ça. Pour un détail insignifiant, j’avais bien conscience d’être dans l’excès total de réaction.

Après en être arrivée à ce stade, j’ai d’abord pensé que ce n’était pas pour moi, ce genre de responsabilités. Que j’allais probablement finir par mourir si je restais.

Concernant monsieur Malchance, il a fini par se présenter devant le bureau pour répondre de ses actes. Quand Bernard a fait le compte rendu de l’entrevue on l’entendait jubiler en disant «  il n’a pas fait le malin, il s’est excusé platement et a dit qu’il ne le ferait plus, tête basse »… La nausée m’est revenue mais j’ai récité mentalement des tables de multiplication, ça aide.

Je suis restée à deux conditions : donner mon avis, toujours, et écrire. C’est ma thérapie.

[Crédit photo de couverture: etaletaculture.fr] 

Qui est contre ? Qui s’abstient ?

C’est à la tombée de la nuit certains vendredis, à vingt heures trente tapantes, que conseillers, adjoints et maire quittent leurs confortables chaumières afin d’accomplir leur devoir d’élu.

La convocation préalablement reçue nous permet de préparer -ou non- ces rencontres, et les nombreuses délibérations à l’ordre du jour sont égrainées une à une par Val.

Il y a des nuits où l’ordre du jour est très dense. Concentrons-nous.

– Val : L’eau et l’assainissement, on augmente ?

Michèle : Pensons au contribuable : vu l’augmentation de l’an dernier, c’est peut-être pas utile, si ?

C’est alors que retentit la voix hypnotique de Victor : « une augmentation faible mais constante est nécessaire afin de prévenir les éventuels frais d’investissement qui pourraient survenir lors d’on ne sait quelle faiblesse technique de l’équipement… »

Et flûte, c’est là que j’ai décroché, parce que j’entends soudain Val :

– qui est contre ? Qui s’abstient ?..

Aïe ! Je crois que j’ai malencontreusement voté pour l’augmentation du prix de l’eau. Comme tout le monde visiblement. Tant pis.

Je me ressaisis. Sujet suivant : tarifs de la cantine et de la garderie.

– Val : Le prestataire n’a pas augmenté ses tarifs, mais bon, il pourrait bien le faire un jour.

– M.J. : En même temps, il faudrait laisser aux parents (dont je fais partie, disons-le) le temps de se remettre de la nouvelle grille tarifaire revue l’an dernier, c’est douloureux quand on a une poignée d’enfants scolarisés.

– Victor (qui reprend sa voix de stentor) : Il me semble qu’il faut habituer les usagers à une augmentation faible mais constante qui permet une anticipation des éventuelles variations de tarifications du prestataire…

Mais je reste concentrée. Val annonce : « qui est contre ? » Je lève le bras d’un geste ample, exprimant mon désaccord avec fermeté, m’attendant à un mouvement d’ensemble. Bon au final, on est 2, et une abstention.

Dernier sujet et on va se coucher : Taux de la taxe d’aménagement. Celui-là, on l’a déjà eu l’an dernier. On a voté, comme le préconisait Val, une exonération pour les abris de jardin de moins de 20m2. La délib est revenue refusée : on exonère tout ou rien. Cette fois Val est animée. Elle pense qu’il est juste d’exonérer de cette taxe toutes les constructions de jardin quelle que soit leur taille. Elle est sensible et altruiste, Val. Victor tente une intervention, « il serait peut-être sage de pratiquer un taux réduit, c’est tout de même un revenu pour les communes, est-il judicieux d’y renoncer ?.. » Val l’écoute à peine, se détourne, enchaîne : Bon, on soumet au vote ? Des votes contre ? Des abstentions ? » Non. C’est voté. Bravo.

Voilà, c’est comme ça que ça se passe. En rentrant je suis passée devant la maisonnette de notre Val. J’ai pensé que tout de même, ça tombe bien : son joli petit chalet de 19,8m2 qu’elle a construit l’an dernier, pour lequel elle n’a pas encore eu le temps de faire sa déclaration (en plein festival, il faut faire des choix), il ne sera pas taxé au final, tiens. C’est une chance.

Oh le beau tracteur !

Aujourd’hui, traversant notre bucolique commune, j’ai aperçu le beau et gros tracteur municipal. Il est beau, le tracteur. Grand, puissant, rutilant et même pourvu d’un gps dernière génération et de la clim.

Et il a une histoire. C’était il y a un an et demi. Val nous annonce par une belle soirée d’été au cours d’un conseil municipal que le bon vieux tracteur vert n’a plus de freins. C’est super dangereux un tracteur sans freins donc il y a urgence : rachetons un nouvel engin. Dans la foulée nous apprenons qu’un joli tracteur couleur azur ne coûte que 40.000 €, avec devis à l’appui, alors que les autres, c’est plus cher (pas de devis, les autres).

Débat :
– Sylviane : Chère Val, n’avions-nous pas convenu que le conseil mettrait tout en œuvre pour ne pas engager de frais trop lourds ? Cet achat me paraît démesuré…
– Val : Meuh non, En plus on aura une subvention d’au moins la moitié au titre de la réserve parlementaire, notre bon et généreux député me l’a promis.
– MJ : Et sinon, réparer les freins ça coûte cher ?
– Val : Tu n’y penses pas, je refuse de mettre en danger les employés municipaux avec du matériel vétuste…
– Marc : Vétuste, vétuste… Vu le peu de kilomètres qu’il parcourt par an il a encore de beaux jours devant lui ! Les freins, ça coûterait au grand max 4000€…
– Val : Mais en plus ya des trucs, ya pas que les freins, ils ont dit ça coule par endroits bref c’est mort, et puis c’est trop dangereux !
– Mélanie : Au fait, c’est pas 3 devis qu’il nous faut pour prendre une décision ?
– Val : Heu… Pas obligé, mais on peu faire 3 devis si vous voulez. Dans ce cas, on ne vote pas aujourd’hui, on attend les devis et on se revoit sous quinzaine pour le vote final, comme ça on pourra le noter dans le compte-rendu de conseil. Tout le monde est d’accord ?
– (tous) : OUI !

Épilogue :

Quinze jours plus tard, au lieu d’une convocation, d’un appel à voter, d’un signe… nous avons reçu le fameux compte-rendu. C’est ainsi que nous avons appris que nous avions voté l’acquisition d’un tracteur azur rutilant à l’unanimité.

La subvention tant attendue est arrivée, elle, neuf mois plus tard après s’être perdue en chemin, et ne représentait plus que 20% du montant total. On ne va pas chipoter.

Le vieux et méchant tracteur vert a été bradé, il était trop dangereux de toute façon.

Et deux membres de notre sympathique conseil ont pris leurs jambes à leur cou. On ne les a jamais revus.

Quel dommage, ni neige ni verglas cet hiver, on n’a même pas pu le voir à l’œuvre, le gros engin qui fait pâlir d’envie toutes les communes environnantes !

Laissez-moi vos commentaires, ou contactez-moi pour me raconter vos histoires municipales !

La mystérieuse obsession de Val

Allez, un petit billet d’humeur, mais pas de mauvaise humeur. Juste d’humeur à décrypter mon prochain.

Aujourd’hui, mon prochain c’est Val, la très volontaire maire de notre commune. Je viens de réaliser que Val nourrissait une obsession. Je vous raconte, chronologiquement :

Avril 2014, panique dans toute la France, on nous annonce une réforme des rythmes scolaires et personne ne sait comment on va pouvoir faire face. Val organise une réunion publique pour parler du problème, car elle est empathique vis à vis de tous ces parents dans la détresse. Elle propose, entre autres aménagements, de rallonger la pause méridienne de trente minutes, passant celle-ci d’une heure trente à deux heures. Proposition rejetée, « non » disent les parents « deux heures pour manger c’est refusé ».

Mai 2014, la solution miracle n’a pas été trouvée, Val lance une consultation : souhaitez-vous rallonger la pause méridienne de trente minutes, afin de terminer la classe à 16h15 au lieu de 15h45 ? Réponse : non, à une voie près selon l’organisatrice (nous on ne sait pas vraiment, les bulletins ont disparu).

Décembre 2015, Val arrive en commission école échevelée et nous apprend que, d’urgence, il faut résoudre le problème de la cantine, qui est beaucoup, beaucoup trop bruyante. Elle propose de rallonger la pause méridienne de trente minutes dès le mois de janvier, ce qui permettrait de mettre en place deux services. Pas bonne idée, osent les membres de la commission présents (des délégués de parents d’élèves, des enseignants, en plus des élus). Il serait en effet souhaitable de traiter les causes du désagrément en premier lieu, cela serait moins coûteux à long terme que de payer une demi-heure supplémentaire au personnel concerné. Pas bonne idée, répond également la majorité des parents d’élèves informés, qui paniquent au passage devant tant de précipitation. Ok, on réfléchit.

4 janvier 2016, Val rassemble l’équipe enseignante pour lui proposer de rallonger la pause méridienne de trente minutes. Les enseignantes répliquent alors que cet aménagement va à l’encontre du rythme de l’enfant, le temps de pause est trop long et une heure d’attente, que ce soit avant ou après le repas, serait contre productif pour les élèves. Val comprend, dit-elle, elle reverra sa copie et optera peut-être pour un quart d’heure seulement, ou alors rien. On se rappelle.

5 janvier 2016, Val convoque cette fois le personnel de cantine et explique que très bientôt, pour le bien des enfants, la pause méridienne sera rallongée de trente minute, permettant ainsi l’organisation d’un deuxième service. Mais madame le maire, se voit-elle opposer, comment pourrions-nous à la fois gérer des enfants à table et des enfants en standby dans la garderie ? Val n’a pas trouvé la réponse. Elle a dit « on mettra un film » mais elle a bien vu que ça n’était pas la bonne réponse. « Je vous tiens au courant ».

Février 2016, dernière commission école dédiée aux rythmes scolaires, Val nous informe que le bureau a décidé qu’il était inévitable de rallonger la pause méridienne de 30 minute, en vue de réaliser deux services. Là elle n’a eu aucune objection, plus personne n’en avait dans son sac.

Tiens, justement, le thème de la prochaine commission école c’est « organisation du temps scolaire et périscolaire ». Qu’est ce que ça peut bien être ?

Bref, en rapprochant tous ces faits j’en suis sûre à présent, il s’agit là d’une idée obsessionnelle.

Pourquoi ? Où veut-elle en venir ? Qu’est ce qu’elle essaie de nous dire ?

Je dois bien dire que quelque chose m’échappe dans cette affaire. Je vous tiens au courant.

Et vous, vous avez une idée ? Laissez-moi vos commentaires, et puis abonnez-vous pour recevoir les prochains articles !